L’ostéopathie viscérale, c’est quoi?

Un ostéopathe se différencie d’un autre par les techniques qu’il utilise. Certains se démarquent en pratiquant l’ostéopathie viscérale par exemple.
Pour autant, nous ne savons pas ce qu’est l’ostéopathie viscérale, et en quoi cette technique se démarque d’une autre.

Bon, mais quelle différence pour nous patient de savoir si l’un ou l’autre pratique telle ou telle technique ? L’important c’est de savoir s’il va nous faire craquer, non ?! Et bien non justement, et c’est pour répondre à ces interrogations qu’aujourd’hui nous allons nous pencher sur les techniques viscérales et leurs bienfaits.

Nous avons demandés à des ostéopathes pratiquant l’ostéopathie viscérale de nous éclairer définitivement sur le sujet. Promis, pas de mots compliqués, ni de termes techniques, juste une explication simple !

L’ostéopathie viscérale expliquée par les ostéopathes 

Pour commencer, il est important de comprendre ce qu’est l’ostéopathie viscérale.

C’est en fait un écart de langage ! L’ostéopathie viscérale n’existe pas en tant que telle, on devrait parler des techniques viscérales et non pas de l’ostéopathie viscérale. Mais les ostéopathes, habitués à cette appellation pendant leurs études nous la ressortent sur un plateau une fois diplômés !

Cette branche de l’ostéopathie s’intéresse à l’impact de la thérapie manuelle sur nos différents organes. Saviez-vous qu’il y a des milliers d’années déjà, des guérisseurs pratiquaient une médecine ayant un impact sur les viscères ?

Champ d’action et principes de l’ostéopathie viscérale

Les viscères désignent principalement les organes qui remplissent nos cavités thoracique, abdominale et pelvienne. Pour faire plus simple, il s’agit du foie, de l’estomac, du coeur, des intestins, des reins, de la vessie, etc.

L’ostéopathie viscérale considère que les organes peuvent accumuler des tensions, souffrir de restrictions dans leur mouvement et dans leur interactions avec les nombreux tissus qui les entourent. Ils peuvent se retrouver « coincés », gênés ou irrités.
Il est surprenant de voir que le système digestif est en fait un muscle (on parle de muscle « lisse »), et qu’à ce titre il peut aussi subir des troubles musculaires comme n’importe quel muscle de notre corps !

Plus généralement, l’ostéopathie considère chaque patient dans sa globalité.
Pour imager ce principe, pensez à une goutte d’eau qui tomberait sur une étendue d’eau lisse. En tombant, elle créé des vagues de résonance, qui se diffusent sur toute la surface.
Pareil pour notre corps, c’est pour cela que nous devons être attentif aux signaux qu’ils nous envoie. Lorsque des tensions touchent un viscère, on peut avoir une douleur par exemple sur la colonne vertébrale.
Et inversement ! Un petit blocage vertébral peut provoquer des perturbations sur nos viscères !

Par exemple, une constipation peut tout aussi bien entraîner des douleurs au niveau des lombaires, comme elle peut être la conséquence d’un manque de mobilité de votre colonne vertébrale.

Notre cerveau, sorte de grand patron de notre organisme, influence aussi profondément les viscères. Les stress physiques et psychoémotionnels sont donc susceptibles de créer des tensions chez les différents organes de notre organisme.

Quand venir consulter un ostéopathe?

L’ostéopathie est une méthode de soins qui s’emploie à déterminer et à traiter les restrictions de mobilité qui peuvent affecter l’ensemble des structures composant le corps humain. C’est une médecine manuelle globale fondée sur la capacité du corps à s’auto-équilibrer. Toute perte de mobilité des articulations, des muscles, des ligaments ou des viscères peut provoquer un déséquilibre de l’état de santé, et l’apparition de douleurs.

Elle prévient et soigne de nombreux troubles physiques et agit également aux plans nerveux, fonctionnels et psychologiques. Elle aide chacun à gérer, de manière responsable et autonome, son “capital santé” pour un mieux-être au quotidien. Elle est donc à la fois préventive et curative.

L’ostéopathie : un traitement préventif …

Comme le disait Andrew Taylor Still, père fondateur de l’ostéopathie, le corps humain est particulièrement intelligent, il cherche en permanence un moyen d’éviter les contraintes et la douleur, il va mettre en place des systèmes de compensation afin que le confort au quotidien soit assuré. Lorsque les contraintes sont trop fortes ou trop nombreuses, cela crée un terrain favorable à l’apparition de douleurs, de troubles fonctionnels ou de pathologies.

C’est pour cette raison qu’il est important de consulter un ostéopathe 2 à 3 fois par an, même s’il n’y a pas de douleurs afin de prévenir leur apparition. Lors de cette consultation, plusieurs étapes vont mener l’ostéopathe à déterminer la meilleure prise en charge possible :

  • L’anamnèse : L’ostéopathe réalise un interrogatoire du patient afin de cerner le motif de consultation, comprendre les caractéristiques de la douleur ainsi que tous les signes qui lui sont associés. Il évalue le fonctionnement des différents systèmes du corps (céphalique, orl, cardio-pulmonaire, digestif, urinaire…) et se renseigne sur les antécédents personnels et familiaux du patient. Il va également questionner le patient sur ses habitudes de vie (hygiène alimentaire, sportive, postures au travail, facteurs de stress…)
  • Le diagnostic ostéopathique : Grâce à des tests palpatoires spécifiques, l’ostéopathe explore le corps à la recherche des zones qui présentent des restrictions de mouvement susceptibles d’altérer l’état de santé.
  • Le traitement ostéopathique : Le traitement est mis en place en fonction du diagnostic réalisé au préalable. L’ostéopathe peut être amené à traiter différentes structures : articulation, muscle, ligament, viscère, fascia. Il choisit la technique la mieux adaptée et la plus confortable pour chaque patient, en fonction de son âge et de sa morphologie et de la zone du corps à corriger.
  • Les conseils : Les pertes de mobilités retrouvées lors de la consultation peuvent avoir des origines multiples : choc, chute, traumatisme (entorse, fracture), séquelles de pathologies. Mais l’origine est souvent environnementale : mouvements répétés, ergonomie au travail, facteurs de stress, alimentation déséquilibrée… Des conseils seront donnés par l’ostéopathe afin d’avoir une prise en charge globale et ainsi éviter l’apparition ou la récidive de douleurs.

Ostéopathie crânienne

Qu’est-ce que l’ostéopathie crânienne ?

Cette thérapie douce qui voit le jour au XXème siècle théorise le mouvement crânien et celui du liquide céphalo-rachidien. Malgré de nombreuses controverses concernant cette théorie il semblerait qu’elle puisse soulager certains troubles du nourrisson et de l’adulte…

Cette thérapie très douce a pour objectif d’évaluer et d’améliorer le fonctionnement du système crânio-sacré. Celui-ci est composé du crâne et de toute la colonne vertébrale jusqu’au sacrum (un des os du bassin), ainsi que des organes et structures anatomiques qu’ils renferment. On y retrouve, entre autres, 3 membranes superposées (les méninges), qui entourent et protègent le cerveau et la moelle épinière (elle-même située à l’intérieur de la colonne vertébrale). Le liquide céphalo-rachidien, qui se trouve entre les couches des méninges, en fait aussi partie.

Selon la théorie craniosacrale, les os du crâne seraient mobiles (de l’ordre de l’infime) tandis que le liquide céphalo-rachidien serait animé d’un mouvement d’expansion/rétraction intrinsèque appelé « mouvement respiratoire primaire » (MRP). Grâce à leur relative mobilité, les os du crâne et les méninges serviraient de tampons dans ce système « hydraulique » semi-fermé. Tout événement qui déstabilise ce système pourrait engendrer des troubles et des douleurs.

Les grands principes

L’ostéopathie crânienne possède ses propres principes, s’ajoutant à ceux de l’ostéopathie. Ils sont :

  • La motilité du système nerveux central : selon les thérapeutes, il y aurait une expansion/rétraction du système nerveux central par un rythme de 8/12 par minute.
  • La fluctuation du liquide céphalo-rachidien : cette fluctuation rythmique sera de 2-3 par minute.
  • Les membranes de tension réciproque : c’est la continuité des membranes (ce sont les méninges formées par trois feuillets membraneux, à savoir la pie mère, l’arachnoïde et la dure mère) avec l’ensemble des fascias de l’organisme.
  • Le lien entre la dure mère et le sacrum
  • La mobilité des os du crâne : par la forme des sutures biseautées.

Les bienfaits de l’ostéopathie crânienne

Malgré les débats qui entourent cette thérapie des bénéfices se feraient ressentir pour certaines affections, en voici quelques unes :

Soulager les symptômes de coliques des nouveau-nés

Une étude préliminaire a évalué les effets d’un traitement ostéopathique crânien afin de diminuer les pleurs, l’irritabilité et les perturbations de sommeil liés aux coliques infantiles8. Lors de cette étude, 28 nouveau-nés âgés de 1 à 12 semaines ont été divisés au hasard en 2 groupes. Les bébés du premier groupe ont reçu le traitement 1 fois par semaine durant 4 semaines, les autres, non traités, ont constitué le groupe témoin. Les résultats démontrent une réduction significative des pleurs associés aux coliques et une augmentation des heures de sommeil entre la première et la dernière semaine de traitement, pour les bébés du groupe traité seulement.

La plagiocéphalie


La plagiocéphalie : cette asymétrie crânienne présente à la naissance est très bien prise en charge par l’ostéopathie crânienne. L’ostéopathe examinera les os de la voûte, de l’arrière de la tête et évaluera les membranes de tension réciproque. Il aura également une attention pour la synchondrose sphéno basilaire (articulation centrale du crâne). Cette thérapie, si elle est débutée à temps, est globalement efficace et montre des résultats significatifs au bout de 3 séances.

L’otite Moyenne aigue (OMA)

Cette inflammation de l’oreille moyenne, secondaire la plupart du temps à une infection des voies aériennes supérieures, est très bien prise en charge par l’ostéopathie crânienne. En effet, le crânien pourrait permettre de réduire le besoin d’antibiotique (Mills MV, Henley CE, Barnes LL, Carreiro JE, Degenhardt BF. The use of osteopathic manipulative treatment as adjuvant therapy in children with recurrent acute otitis media. Arch Pediatr Adolesc Med 2003 ; 157 (9): 861-6

Réduire le temps nécessaire à l’endormissement et modifier l’activité nerveuse sympathique

Les résultats d’une étude en laboratoire indiquent qu’une manipulation crânienne spécifique, la compression du 4e ventricule (ou CV4), réduirait le temps d’endormissement et pourrait modifier l’activité du système nerveux sympathique9(la technique permettrait de réguler le système orthosympathique). Vingt participants en santé ont été assignés aléatoirement à un traitement CV4, à un CV4 simulé, ou n’ont reçu aucun traitement. À la suite du traitement par CV4, le début du sommeil a été plus rapide que pour les 2 autres groupes. De plus, un changement modeste, mais significatif de l’activité nerveuse sympathique des muscles a été observé, uniquement à la suite du traitement CV4.

Améliorer la qualité de vie et diminuer l’anxiété des patients atteints de fibromyalgie

Une étude clinique aléatoire a évalué les effets de la thérapie craniosacrale sur l’amélioration de la qualité de vie et la diminution des niveaux d’anxiété et de douleur des patients atteints de fibromyalgie10. Quatre-vingt-quatre patients ont été divisés au hasard en 2 groupes : intervention réelle et « faux » ultrasons. Après 25 semaines, à raison de 2 séances par semaine, des améliorations significatives pour tous les paramètres ont été observées dans le groupe traitement réel en comparaison du groupe témoin. Par contre, 6 mois après le traitement, aucune différence n’avait persisté.

Diminuer l’agitation physique et verbale des patients atteints de démence

Une étude pilote non aléatoire a été réalisée en 200811. Neuf patients âgés de 67 ans à 101 ans ont reçu un traitement quotidien de 5 minutes en moyenne pendant 6 semaines. Des diminutions significatives des mesures de l’agitation physique et de l’agitation verbale ont été observées durant cette période. Trois semaines après l’intervention, la réduction de l’agitation verbale a été maintenue. Par contre, dans plusieurs cas, l’agitation physique est redevenue presque comme au départ.

L’ostéopathie crânienne aurait également un rôle à jouer dans le traitement des céphalées bénignes, lors de certains vertiges, troubles de la mastication, cervicalgies chroniques…

L’ostéopathie crânienne en pratique

Le spécialiste

Le plus souvent il est ostéopathe D.O formé initialement à la thérapie crânio sacrale lors de ses études ou bien à terme lors de formations spécialisées. Il peut être également thérapeute non ostéopathe et non médecin.

Comme tout thérapeute il doit être à l’écoute, bienveillant et passionné. Il doit posséder un toucher fin, capable de détecter les zones de tensions. Il s’adapte à son patient, en fonction de son âge, de ses antécédents.

Le praticien doit avoir développé, outre la grande finesse du toucher, des qualités comme la neutralité, la présence afin d’être centré pour recevoir les informations du patient, et la pleine conscience (mindfulness). Même s’il comprend aussi des manipulations, le thérapeute, par sa capacité d’accueil, permettrait aux « forces vitales » du patient de prendre en charge la guérison.

Déroulé d’une séance

Après avoir effectué une anamnèse, fait une observation de votre posture, le thérapeute va passer à l’examen du sacrum, du crâne. Grâce à un toucher très délicat, le thérapeute évaluera la qualité des membranes et des sutures du crâne, ressentira le « mouvement respiratoire primaire ». Les thérapeutes de thérapie crânio sacrale arriveraient à évaluer son amplitude, sa symétrie et sa qualité. Puis le praticien analysera la qualité du mouvement du sacrum en adéquation avec le mouvement de la base du crâne, afin de percevoir une tension au niveau de la dure mère (méninge extérieure qui s’attache du crâne au sacrum). A force d’entrainement le praticien acquiert une perception sensorielle accrue qui lui permettrait de déceler l’ensemble des troubles. Le traitement craniosacral vise à équilibrer les forces hydrauliques du système craniosacral grâce à un toucher de détente (release, en anglais).

Par des points de contact le long de la colonne vertébrale, le système craniosacral influencerait également le système nerveux ainsi que les glandes pinéale et pituitaire, logées dans le cerveau, qui régulent plusieurs hormones, dont la sérotonine.

Si, théoriquement, toute restriction du mouvement respiratoire primaire entraîne un affaiblissement des mécanismes d’autoguérison, le rétablissement de ce mouvement permettrait à ces mécanismes de se remettre à l’œuvre. C’est en ce sens que la thérapie craniosacrale est parfois utilisée comme approche préventive. Elle serait également appropriée pour un certain nombre de problèmes physiques, mentaux et émotionnels (pour les thérapeutes en somato-émotionnels). En résumé, on dit que l’approche fonctionne en aidant les mécanismes d’autoguérison à dissiper les effets

Histoire de la thérapie crânio-sacrée

La thérapie crânienne, est une branche de l’ostéopathie. Cette dernière fut théorisée aux Etats-Unis en 1874 par Andrew Taylor Still (médecin et pasteur). Still développa l’ostéopathie et fonda l’American School of Osteopathy. Un des étudiants le Dr. William Garner Sutherland (1873-1954), fin observateur, se mit à étudier les différents os du crâne. En 1899, lui vint l’idée que les os du crâne produiraient d’infimes mouvements, le tout rythmé par un mouvement d’expansion/rétraction du liquide céphalo-rachidien : c’est le mouvement respiratoire primaire » (MRP). L’ostéopathie crânienne était née.

« Il est frappé comme par un éclair par l’intuition que les os crâniens sont “biseautés comme les ouïes d’un poisson, indiquant par là une mobilité pour un mécanisme respiratoire”1.

1« Le cerveau vu par Swedenborg et le concept crânien de Sutherland, David B. Fuller »

Pendant plus de quarante années, Sutherland poursuivra ses recherches, avec sa femme Adah, allant même jusqu’à expérimenter ses recherches sur lui-même. Il publia au terme de ses travaux le livre « The Cranial Bowl » en 1939.

Les travaux de Sutherland seront poursuivis par d’autres ostéopathes, tels que Harold Magoun (1898-1981), élève de Sutherland, qui publiera en 1951 « l’ostéopathie dans le champ crânien » développant une vision mécaniste du crânien, puis Rollin Becker (1910 – 1996) lui aussi élève de Sutherland qui développera une vision plus vitaliste. Le crânien sera développé également par Viola Frymann (1921-2016) qui l’étendra aux nourrissons et aux enfants. En 1964 elle vient à Paris pour enseigner l’ostéopathie crânienne en Europe. Nous citerons également Anne Walles, et Robert Fulford.

En 1970, le Pr. John Upledger s’intéresse au crânien, suite à une opération sur la moelle épinière. Étant convaincu que le rétablissement du mouvement respiratoire primaire pourrait jouer un rôle primordial dans les soins de santé, il décida d’enseigner cette technique à l’ensemble des professionnels de la santé (elle était jusqu’alors réservée aux ostéopathes). Pour ce faire, il mit sur pied l’Upledger Institute, en Floride, en 1985. Ainsi était née la CranioSacral Therapy ou thérapie cranio-sacrée.

L’approche du Dr. Sutherland et celle du Pr. Upledger sont très proches, cependant le Pr. Upledger mit l’accent à la fin de sa vie sur l’aspect biodynamique et somato-émotionnel, développant le concept de « force vitale ».

Au début, l’approche crânio-sacrale du Pr Upledger fut surtout répandue en Amérique du Nord, où ses praticiens se rassemblèrent dans l’American CranioSacral Therapy Association (ACSTA), tandis que ceux du courant biodynamique ont formé la Biodynamic Craniosacral Therapy Association of North America (BCTA/NA). Le courant biodynamique est désormais plus présent en Europe, en particulier en Grande-Bretagne.

En France le crânien est développé depuis 1964 et la venue de H. Magoun, V. Frymann, Th. Scholey, ce qui amènera les écoles à intégrer le crânien dans leur enseignement.

Controverse autour de l’ostéopathie crânienne

Des controverses existent concernant la thérapie crânio-sacrée. La science ne reconnaît pas le mouvement des os crânien, leur fusion s’opérant après la naissance et au fur et à mesure de l’enfance, voir le début de l’âge adulte (la synchondrose sphéno-basilaire s’ossifiant aux alentours de 21 ans).

La popularité de cette thérapie, ont amenés des chercheurs à se pencher sur la question, leurs travaux ne concluant pas avec certitude à la mobilité des os crâniens.

Le mouvement respiratoire primaire du liquide céphalo-rachidien n’a pas non plus l’approbation de la classe médicale. Cependant certaines expériences cliniques existent qui ont permis de comparer les mesures. Devant la trop grande disparité d’un ostéopathe à l’autre il fut difficile d’en tirer des conclusions solides13.

Le British Columbia Office of Health Technology Assessment (BCOHTA) a également publié en 1999 un compte rendu méthodique et une évaluation critique des preuves scientifiques sur la thérapie crâniosacrée, qui montre « qu’il n’existe pas suffisamment de preuves scientifiques pour recommander la thérapie crânio-sacrée à des patients, des praticiens ou à des tiers pour toute condition clinique ».

Au sein du milieu ostéopathique le débat aussi existe. Jean Claude Herniou ostéopathe D.O. a été l’auteur d’une tribune intitulée « Le mécanisme respiratoire primaire n’existe pas » (Revue Aesculape n° 10 de Janvier -février 1998). Cependant ce dernier ne rejette en aucun cas l’existence d’une mobilité des os du crâne (INTERVIEW de Jean Claude HERNIOU, Ostéopathe D.O. DGBM par Guy ROULIER D.O. ). En effet, à la question “le crâne bouge t-il ? » M. Herniou répond sans détour : « Évidemment ; d’ailleurs, si les os du crâne étaient fixes, il n’y aurait pas de sutures. De plus, cette non mobilité serait une exception dans les lois de la vie, ce qui rendrait, à mon avis, ce système crânien encore plus intéressant ! »

Une étude sur la mobilité de la voûte crânienne a été également effectuée ne concluant pas à l’absence de mouvement14.

Cependant, comme Herniou le rappelle dans son interview, le Pr Tamboise a mis en évidence en 1984 la présence de nombreux ostéoblastes (cellules osseuses responsables de la synthèse de l’os) au sein des sutures, ce qui accrédite une activité importante à ce niveau. Il a également été découvert une grande vascularisation et innervation dans cette zone.

Malgré ces nombreux débats, l’ostéopathie crânienne reste largement enseignée dans les écoles d’ostéopathie (à quelques exceptions près) contribuant à la large palette thérapeutique de cette pratique.

Depuis les recherches cliniques se font rares, l’ostéopathie ne bénéficiant pas des mêmes moyens de recherches que la médecine.

Ostéopathie et COVID

Face à la pandémie catastrophique que nous subissons, je propose la mise en place d’un protocole de traitement ostéopathique pour les malades en insuffisance respiratoire post COVID.

L’agent pathogène, le virus qui se propage d’un individu à l’autre ; il constitue le facteur exogène. Cependant, le plus important lorsque ce facteur se développe dans la population, est la capacité individuelle à lutter contre ce virus. Face à cette réalité clinique, nous ne sommes pas tous égaux. Les personnes porteuses de pathologies fonctionnelles, inflammatoires, auto-immunes, infectieuses, systémiques vont présenter une réponse immunologique, sanguine, métabolique beaucoup plus faible que les patients “en bonne santé”.

De surcroît, les jours et nuits passés en milieu hospitalié, sans le moindre mouvement ou quasiment, aggravent les phénomènes de ralentissement des fluides de l’organisme chez les patients infectés: sang, lymphe, liquide cérébro-spinal, sécrétions organiques circulent au ralenti.
Ces phénomènes pénalisent la qualité de la réponse immunologique et les échanges métaboliques alvéolaires dans les poumons. La stagnation des liquides intra-pulmonaires provoque une fermentation liquidienne qui génère irritation, spasmes bronchiques, infections. La résultante est une détresse respiratoire aigüe qui nécessite une assistance artificielle.

Le protocole de traitement proposé se base sur des études scientifiques fiables et reconnues, effectuées sous l’autorité de l’American Osteopathic Association (de nombreux articles concernant le traitement des pathologies broncho-pulmonaires sont téléchargeables sur le site du JAOA). Il s’appuie également sur des faits réels: aux USA, lors de l’épidémie de grippe espagnole entre 1918 et 1919, le Président Roosevelt, face à l’ampleur pandémique, a exigé que les praticiens ostéopathes D.O soient intégrés dans les services hospitaliers de l’armée américaine: le taux de mortalité chez les patients infectés se révéla cinq fois moins important chez les patients ayant suivi un traitement ostéopathique associant repos, isolement, réhydratation et manipulations. En cas de complications pulmonaires, le résultat des ostéopathes était trois fois supérieur (Source American Osteopathic Association).

Axe de traitement

1er axe de traitement : amélioration de la fonction et de la dynamique diaphragmatique

Pour rappel, le diaphragme gère les 2/3 de la capacité respiratoire d’un individu. Les manipulations ostéopathiques (Osteopathic Manipulation treatments – OMT) potentialisent et régulent la neuro-transmission dans les segments médullaires concernés et facilitent ainsi les connexions intra et extra médullaires, par conséquent elles améliorent la qualité des messages afférents et efférents périphériques, végétatifs et centraux.

Afin de stimuler la fonction du diaphragme chez le patient, l’ostéopathe effectuera plusieurs manipulations précises sur le rachis cervical, en particulier sur le niveau C3/C4C5, émergences du nerf phrénique qui gère la fonction, la dynamique et la tonicité du diaphragme : neuro-facilitation du nerf phrénique. Les niveaux C7/T1 seront également manipulés par OMT afin de stimuler le ganglion cervical inférieur: régulation du tonus orthosympathique des fonctions cardiaques (stimulation cardiaque), pulmonaires (bronchodilatation), diaphragmatique et hépatique.

2ème axe de traitement : axe viscéral

Le rôle de l’équilibre physiologique du système digestif dans la qualité de la réponse immunitaire n’est plus à démontrer. L’équilibre entre l’absorption intestinale et l’élimination des métabolites assure la qualité du sang artériel, des liquides interstitiels et lymphatiques. Il est par conséquent fondamental, face à une infection pulmonaire aigüe, d’examiner cliniquement l’abdomen et de déceler d’éventuelles anomalies organiques: ptoses viscérales, hépatomégalie, perturbations du péristaltisme physiologique et toute autre anomalie clinique.

Le traitement consistera à manipuler les cadrans costaux inférieurs et les coupoles diaphragmatiques afin de normaliser l’amplitude du diaphragme, en particulier à l’inspiration. Ces techniques potentialisent le rôle de “Piston” diaphragmatique qui permet d’assurer la qualité du drainage de la cavité abdominale et surtout l’expansion pulmonaire, ce qui aboutit in fine à une meilleure ventilation alvéolaire et par conséquent à une meilleure élimination des toxines intra-pulmonaires. L’oxygénation accrue des tissus rééquilibre progressivement les gaz du sang.

3ème axe de traitement : traitement OMT de l’OST et des éléments osseux vertébro-thoraciques par OMT

Les éléments osseux et articulaires thoraciques et en particulier la qualité de leur intégrité biomécanique sont des facteurs essentiels de l’équilibre entre les structures et les fonctions. L’examen clinique de l’orifice supérieur du thorax est fondamental: l’OST est le carrefour neuro-vasculaire entre le rachis cervical , l’appareil cardio-vasculaire et pulmonaire. L’analyse de la mobilité des premières côtes, clavicules et du premier cadran thoracique (K1/K4 -T1/T3) permet de détecter des anomalies compressives sur les systèmes pneumogastriques, les dômes pleuraux, les troncs brachio-céphaliques, la crosse de l’aorte. Mais aussi de limiter les perturbations de la neurotransmission sensitive, motrice et végétative locale et régionale.

Ce 3ème axe comprend des traitements par manipulations vertébrales et costales (OMT) en fonction des dysfonctions décelées cliniquement chez le patient. L’impact de la mécanique thoracique vertébro-costale sur l’intégrité des cavités pleuropulmonaire droite et gauche ainsi que sur la physiologie médiastinale est évident. Le thorax doit conserver son “élasticité” maximale afin que l’expansion pulmonaire puisse se réaliser dans les meilleures conditions.

Cet article a été trouvé sur le site:
https://iob-bordeaux.com/proposition-protocole-support-traitement-cov/

Le protocole et les axes de traitement proposés ne sont que des indications et des pistes afin de pouvoir aider les patients avec le plus d’efficacité.
Un traitement ostéopathique prend en compte tous les aspects du patient, tant physiques que neurologiques, vasculaires ou psychologique.
Rendre au patient ses capacités d’auto-guérison, telle est notre rôle en tant qu’ostéopathe. Rendre de la mobilité, voilà notre rôle.
Comme dirait une ostéopathe célèbre, seuls les tissus savent…
ET j’ajouterais, aidons les.

Prenez soin de vous!